Pr. Jacques Hostetter-Mills
Pasteur de la Communauté protestante de Liège / Marcellis
Eglise Protestante Unie de Belgique
Professeur d'Histoire de l'Art et des Religions Comparées------------
I. Introduction
Définir le protestantisme libéral n'est pas chose aisée. En effet, ce mouvement issu du Christianisme, et plus exactement de la Réforme du 16e siècle, n'est inféodé ni à un maître spirituel, ni à un parti religieux ou politique. Qui plus est, il ne se présente pas sous la forme d'un système de croyances à priori. A mon sens, on ne devrait y trouver ni doctrine, ni dogmes normatifs, mais seulement des principes. Ceci est essentiel. Quand un protestant libéral propose sa devise : " Evangile et Liberté ", il ne défend ni l'aura d'un fondateur plus ou moins docte, ni une dogmatique, mais bien plutôt un engagement, une certaine piété, une méthode, un état d'esprit. Ajoutons qu'il ne peut être en aucune manière qualifié de sectaire, puisqu'il ne témoigne ni d'étroitesse d'esprit, ni d'intolérance à l'égard des opinions des autres. Mais ce qu'il accorde aux autres, le protestant libéral le réclame pour lui, rejetant toute autorité externe, telle qu'une Bible infaillible ou les croyances d'une Eglise. Il veut être libre de penser ce qu'il veut et de croire ce qui lui paraît raisonnable, sans avoir recours à d'autre autorité que son propre raisonnement. Il se caractérise donc d'une part par ce qu'il refuse de croire, mais aussi par ce qu'il propose : certaines convictions positives qui, différentes de l'héritage doctrinal des Eglises protestantes, sont néanmoins considérées comme l'expression plus fidèle et mieux adaptée aux temps actuels de l'esprit originel de la Réforme et de l'Evangile.
II. Les fondements historiques du Libéralisme théologique
L'absence de fondateur rend difficile l'approche historique du mouvement. Quand est-il réellement apparu ? Quels sont les personnages clés qui ont favorisé les développements successifs du libéralisme, ou plus justement des libéralismes ? Autant de questions qui ne peuvent apparaître ici comme autant de pièges. Un point peut éclairer notre réflexion à ce propos : le libéralisme est lié à la notion de modernité. C'est d'ailleurs sous le label de Modernisme qu'il est combattu dans certains ouvrages polémiques, catholiques et protestants , qui prétendent défendre l'orthodoxie contre les hérésies et les sectes. Au 12e siècle, en Europe, de nombreux lettrés découvrent que les modes de pensée et les structures antiques sont dépassées. Conscients de vivre des temps nouveaux, ils vont baptiser leur époque le SAECULUM MODERNUM. Comme le remarque le Professeur A. Gounelle : " Ils vivent désormais dans une époque différente, qu'ils appellent le saeculum modernum. ( ) Se mettent en place une nouvelle philosophie, fondée sur la logique ou la dialectique, et une nouvelle théologie, la scolastique, contre lesquelles réagiront plus tard la Renaissance et la Réforme " .
D'autres historiens proposent des dates différentes. Qu'importe, ceci attire notre attention sur le fait que la notion de modernité n'est pas récente. Ce qui est important, c'est de constater que trois grandes forces historiques ont contribué à la naissance du mouvement qui devint, le modernisme religieux. Il s'agit de la lutte pour la liberté intellectuelle, de l'avancement de la science et de la lutte pour les réformes sociales, c'est-à-dire trois aspects du réveil intellectuel qui eut lieu entre 1350 et 1650.